Rédiger un business plan intimide souvent plus qu’il ne devrait. Ce document sert à démontrer, chiffres à l’appui, que votre projet répond à un besoin réel, qu’il peut dégager de la rentabilité et que vous savez où vous allez. Voici comment faire un business plan dans le bon ordre, avec un exemple chiffré pour vous repérer.
Les étapes pour rédiger un business plan
Un bon business plan suit une logique simple : on part du projet, on décrit le marché, on explique comment gagner de l’argent, puis on prouve que les chiffres tiennent. La rédaction se fait presque toujours dans cet ordre, la synthèse placée en tête étant écrite en dernier.
- Présenter le projet, le produit ou service et l’équipe.
- Réaliser l’étude de marché : cible client, analyse de la concurrence, taille du marché.
- Définir la stratégie marketing et le business model.
- Construire le prévisionnel financier : chiffre d’affaires, charges, seuil de rentabilité.
- Établir le plan de financement et le plan de trésorerie.
- Rédiger la synthèse et préparer le pitch pour le financeur.
Comptez entre 15 et 25 pages pour un dossier destiné à une banque. Pour un investisseur, une version plus courte, accompagnée d’une présentation, suffit souvent en premier contact.
Présenter votre projet, votre produit ou service et votre marché
Décrire le projet et la proposition de valeur
Commencez par expliquer ce que vous vendez, à qui, et quel problème vous résolvez. La proposition de valeur tient en deux ou trois phrases : pourquoi un client choisirait votre produit ou service plutôt qu’une autre offre. Ajoutez votre parcours, vos compétences et le statut juridique envisagé, car le financeur investit autant dans la personne que dans l’idée.
Mener l’étude de marché
L’étude de marché doit rester concrète. Définissez votre cible client avec précision (âge, localisation, budget, habitudes d’achat) plutôt que d’écrire « tout le monde ». Estimez ensuite le nombre de clients potentiels, en vous appuyant sur des sources vérifiables : données de l’INSEE, études de branche, enquêtes que vous avez menées vous-même auprès de futurs clients.
L’analyse de la concurrence complète ce travail. Listez trois à cinq concurrents directs ou indirects, comparez leurs prix, leur positionnement et leurs points faibles, puis situez votre offre par rapport à eux. Un banquier se méfie d’un dossier qui affirme n’avoir aucun concurrent.
Définir votre stratégie marketing et votre business model

Votre business model explique comment l’entreprise gagne de l’argent : vente à l’unité, abonnement, commission, prestation facturée au temps passé. Précisez vos prix et justifiez-les par le coût de revient et par ce que pratique la concurrence. Une marge cohérente avec votre secteur rassure immédiatement. Pour la chiffrer, consultez notre guide pour calculer sa marge commerciale.
La stratégie marketing décrit ensuite les canaux pour atteindre vos clients : site internet, réseaux sociaux, prospection directe, partenariats, publicité locale. Chiffrez le budget associé et le coût d’acquisition d’un client, car ces montants alimenteront vos charges fixes dans le prévisionnel financier.
Construire le prévisionnel financier
C’est la partie que les financeurs lisent en premier, et celle qui fait le plus souvent refuser un dossier. Elle repose sur des hypothèses explicites : nombre de ventes, panier moyen, taux de charges variables, montant des charges fixes. Chaque chiffre doit pouvoir être justifié à l’oral.
Un exemple chiffré sur trois ans
Prenons une boutique en ligne de cosmétiques naturels. L’hypothèse de départ : un panier moyen de 45 €, 1 200 commandes la première année, puis un doublement et un triplement les années suivantes. Les charges variables (achat des produits, livraison, frais de paiement) représentent 40 % du chiffre d’affaires, soit une marge sur coûts variables de 60 %.
| En euros | Année 1 | Année 2 | Année 3 |
|---|---|---|---|
| Commandes | 1 200 | 2 400 | 3 600 |
| Chiffre d’affaires | 54 000 | 108 000 | 162 000 |
| Charges variables (40 %) | 21 600 | 43 200 | 64 800 |
| Charges fixes | 30 000 | 36 000 | 42 000 |
| Résultat avant impôt | 2 400 | 28 800 | 55 200 |
| Seuil de rentabilité | 50 000 | 60 000 | 70 000 |
Seuil de rentabilité : 30 000 / 0,60 = 50 000 €
La formule est la suivante : charges fixes divisées par le taux de marge sur coûts variables. Dans l’exemple, le chiffre d’affaires de l’année 1 (54 000 €) dépasse tout juste ce seuil, ce qui explique un résultat de 2 400 € seulement.
Plan de financement et plan de trésorerie
Le plan de financement met face à face les besoins de départ et les ressources. Pour notre boutique : 15 000 € de stock, 8 000 € pour le site et l’identité de marque, 7 000 € de marketing de lancement et 10 000 € de trésorerie de sécurité, soit 40 000 € au total. Ils sont couverts par 10 000 € d’apport personnel, 5 000 € de prêt d’honneur et 25 000 € de prêt bancaire (environ 466 € par mois sur cinq ans à 4,5 %).
Le plan de trésorerie se construit mois par mois, au moins sur la première année, puis par trimestre. Il intègre les décalages entre encaissements et décaissements : stock payé avant la vente, TVA, remboursements d’emprunt. Une entreprise rentable sur le papier peut manquer de liquidités, et c’est ce document qui le révèle.
L’erreur classique : un démarrage trop beau pour être vrai
Un chiffre d’affaires qui explose dès le troisième mois sans budget marketing pour l’expliquer fait fuir les financeurs. Mieux vaut un scénario prudent, et un scénario optimiste présenté comme tel.
Rédiger la synthèse et préparer votre pitch pour convaincre un financeur
La synthèse ouvre le dossier, mais on l’écrit une fois tout le reste terminé. Sur une page, elle résume le projet, le marché visé, les principaux chiffres (chiffre d’affaires, résultat, besoin de financement) et ce que vous attendez du financeur. Beaucoup de lecteurs ne vont pas plus loin lors d’un premier tri.
Le pitch reprend ces éléments à l’oral, en trois à cinq minutes. Structurez-le autour de quatre questions : quel problème, quelle solution, quel marché, quels chiffres. Entraînez-vous à répondre aux objections sur la concurrence et sur le seuil de rentabilité, car ce sont les points sur lesquels on vous interrogera.
Business plan pour une banque ou pour un investisseur
Un banquier cherche à savoir si vous pourrez rembourser. Il examine donc votre apport personnel, la solidité du plan de trésorerie, vos garanties et la capacité de l’entreprise à dégager du résultat dès les premières années. Le dossier est détaillé, prudent, centré sur le plan de financement et le remboursement du prêt.
Un investisseur, lui, cherche un potentiel de croissance et de revente. Il s’intéresse à la taille du marché, à l’équipe, à l’avantage concurrentiel et à la manière dont son capital accélérera l’activité. Le dossier met en avant la croissance sur cinq ans, la valorisation et la sortie envisagée. Les mêmes chiffres de base servent aux deux, mais l’angle change du tout au tout.
Se faire accompagner et partir d’un modèle

Vous n’avez pas à tout construire seul. Les CCI et les chambres de métiers proposent des rendez-vous gratuits ou peu coûteux, Bpifrance publie des outils de création, et un expert-comptable saura vérifier la cohérence de votre prévisionnel financier. Les réseaux d’accompagnement peuvent aussi vous ouvrir la porte d’un prêt d’honneur, qui renforce votre apport personnel auprès de la banque.
Un modèle de business plan fait gagner du temps, à condition de ne pas le remplir mécaniquement. Reprenez la trame des sections décrites plus haut, adaptez-la à votre secteur et remplacez chaque ligne générique par vos propres hypothèses. Un dossier relu par une personne extérieure a toujours moins de zones d’ombre.

